Kukuga mélancolique système dix

Kukuga mélancolique système dix vous invite à partager un voyage. Le voyage de dix jeunes acteurs de l’Ecole de La Comédie de Saint-Etienne engagés dans une aventure théâtrale de quatre mois sous la direction de Jean-Paul Delore qui les conduira de Vénissieux à Johannesburg (Afrique du Sud), de Paris-Villette à Maputo (Mozambique) avant de terminer ce fabuleux périple au Théâtre du Parc dans le cadre de La programmation de La Comédie de Saint-Etienne.

Le portrait sera le leitmotiv qui guidera ce chantier artistique au long cours. Ainsi, chacun des dix acteurs sera amené à se révéler dans la confrontation à l’altérité (l’enfant, l’étranger, le monstre et peut-être aussi quelques fantômes enfouis dans la mémoire).
Cet événement est surtout l’occasion de découvrir dix jeunes comédiens prometteurs à la veille de leur immersion dans la vie théâtrale professionnelle… Découvrez-les au fil des étapes que Kukuga vous propose et bonne visite sur ce blog…

25 février 2009

Filed under: Photos des élèves-comédiens — La Comédie de Saint-Etienne @ 20 h 37 min

halimatou-vincent

Vincent Dedienne et Halimatou, Vénissieux, février 2009

23 février 2009

DEBUT DE RIEN A VOIR AVEC 2

Filed under: Chroniques de Dieudonné Niangouna — La Comédie de Saint-Etienne @ 16 h 06 min

Ne rentrent dans le boulodrome que les acteurs. On peut regarder dehors.
Il n’y a pas deux façons de sentir le théâtre : avant et après ; pendant on est subjugué par le flot d’images et de sons, on est mis en parenthèse par les mots. Les duos se délectent comme des amours, puis des manières de patenter la catharsis. Mais le froid ne pardonne pas le plein air.
- Quelle différence dans la vie rapproche un auteur d’un commissaire de
police ?
- Deux à mon avis : rassembler les détails pour en faire une histoire, et partir de la fin pour inventer le début.
Mohamed dit “Il faut rester symbolique”.
Désagrément dans un boulodrome. Je n’ai jamais vu un espace aussi beau
Qu’un boulodrome. Rien que le nom évoque le déhanchement des mécanismes. “Boulodrome”. Jouer derrière une baie vitrée c’est déconcerter le rapport “acteur-spectateur” d’un point de vue corporel je veux dire, parce que c’est bien quand ça touche, pas qu’avec le coeur mais avec les mains surtout, le coeur ça fait chier, et donc les baies vitrées dans un boulodrome avec des comédiens parqués comme au cinéma et la beauté du lieu, le seul lieu au monde qui soit aussi jovial et triste, aéré et moutonné, mais la baie vitrée… En même temps les comédiens sont connus pour être des briseurs de vitres. Ce qui est fou c’est que ce sont les metteurs en scène qui posent les vitres. Tout les metteurs en scène du monde posent des vitres ; et ils disent à la fin : “allez les enfants, brisez-moi tout ça !” Et les comédiens brisent les vitres.
Et si le monde avait des îles ? Je veux dire la terre, comme chaque parcelle entourée par l’océan porte ses morcellements d’angoisse et de désolation comme un rhum et un fou ses puces, comme une molécule ses particules libres, sinon l’autonomie terrienne on peut bourrer un monticule de sol par-dessus ; et donc si la terre autour d’elle (blablabla) des électrons adjacents ? Je crois qu’on n’aurait pas la réponse à la minute de la question, c’est la même chose que jouer dans un boulodrome. Vous comprenez maintenant.
Une pétanque de la taille d’une mappemonde traverse l’air opaque du boulodrome comme fait une soucoupe volante tendant à se transformer en poisson avant de s’abattre contre la baie vitrée, mais le temps ralenti avant la fin de la boule et la performance commence à se finir, un pied accepte d’amortir l’atterrissage en la bloquant sous lui, la pétanque. Guy Villerd tait alors son saxophone, les portraits se rentrent, on quitte le plus beau lieu du monde en espérant y avoir laissé des puces.

Le théâtre et la salade verte !
Mais le temps d’avant nous avons été témoins d’une chose effarante.
Le rendez-vous pour les Stéphanois c’est au théâtre à 9 h du mat qu’on s’était tous dit, moi pas tellement. C’est bien que chacun aille avec ses histoires, et commence avec une autre. En tant que bavard j’ai quand même le droit de dire quelque chose : c’était bien dans cette école quand Vincent jouait avec Diarra et les mioches qui envahissaient l’air de jeu parce que ça ne sert à rien d’être gentil avec ça en suivant poliment, pas surtout, une activité artistique, il faut y être, et du corps, car Aimé Césaire l’a dit : “Gardez-vous d’être dans la lassitude stérile du spectateur”.
Mais comme dit Mohamed le poète “Il faut éviter d’être le plus artistique possible”, ma foi j’ajouterais : pour échapper au convenu, enfin au rendez-vous.
Je ne sais pas si je vais la ramener demain.
Pour l’heure essayons de retrouver nos moutons.
Dans une maison de retraite, quelques tables et des vieillards appétissants ;
les fourchettes se lancent en direction d’une bouche disparue, et quand elle perfore la langue la fourchette, la salade, les mâchoires te câblent sur l’austérité du bon petit repos et la bouche paléan-forme te met sur ses lèvres, à travers elles tu te vois et le calme se dissipe, les vitres montrent des portraits qui montent, tête de Yacine, tête de Nell, des portraits tirés par Sean Laval Hart et qui viennent égayer par intermittence l’entrée de la salade verte. Bruit de frites, une tonitruance électrique s’infiltre dans le réfectoire, deux enceintes à bord d’un caddy, et un ordinateur remorqué par dessus la pacotille. Tommy engage : “La ville est calme, don’t panique“, puis une chanson, en anglais en plus ! Suis mal servi, là. Un œil se dérobe de l’assiette pour se rincer le tableau avec la passablerie d’une évidence et  pour retrouver le trajet de la main interrompue l’oeil s’enrobe d’une verte phosphorescence quand la fourchette monte vers lui.
“On ne peut plus manger tranquille?” rouspète un type, les trois autres avec qui ils tiennent la table accélèrent le gosier, on comprend qu’ils apprécient, on ne sait pas trop, la salade verte ou le théâtre. Mais “la ville est calme, don’t panique…” La chanson en anglais se refait, et entre deux vers un coup de fourchette, le tintement des verres sur les dents de sagesse. Julie et Lena poursuivent et ce n’est déjà pas nouveau qu’on va enquiquiner les vieux, on meuble leur midi, attentifs et sans quitter leur entreprise ils délectent, ils assurent, il se maintiennent et le théâtre passe, le corps et l’esprit se mangent en association, le dialogue des énergies qui convergent vers un seul et même but : les résidents dans leur midi.
L’expérience est si brève puisqu’il faut partir avant le repas chaud.

Dieudonné Niangouna, Vénissieux, lundi 23 Février 2009

18 février 2009

DES OISEAUX VERTS

Filed under: Chroniques de Dieudonné Niangouna — La Comédie de Saint-Etienne @ 15 h 31 min

Avant la fin de la journée j’ai trouvé les paroles de la chanson. Ça fait viens voir les oiseaux ! La voix de l’inconscient me dit “c’est trop ringard”. Pour une fois suis du même avis. Je reprends tout à zéro, pendant que les gamins et les élèves inventent sous l’oeil adroit de Florence Girardon. Catherine traverse la porte qui donne sur son atelier, et Sean a les mains tout entaillées. On ne comprend vraiment pas ce que je fous là entre mon ordi super mac et mon carnet trop chic avec un bic qui vient du Congo, le vent fouette Vénissieux dès que baille la porte, on multiplie les pauses tabac et la chanson finie par se trouver avec la témérité de Guy Villerd qui n’abandonnera jamais l’affaire ; ce type m’a à l’oeil.

Des oiseaux Verts
Ce sont des gens en oiseau vert
des branches
dans les ailes ils piquent
ils croassent en choeur
vermifuges, pathétiques leurs graines
passent les loups, tanguent les ploucs, blêmes
barboteurs et flétrillards, en choeur
Ils slament des vents
tombe
béton, ma tombe
vole, le vent, t’es love, les ploucs volent
des roses en robe de pierre s’envolent
Tombe, ma tombe
vole, le vent, t’es love, les ploucs
les loups, les poules
bras dans les forges poussent en choeur
et la lumière dépêche des silhouettes,
des alouettes, des pirouettes et s’échoue dans le flux les fous…

Dieudonné Niangouna, Vénissieux, jeudi 18 févier 2009

Filed under: Chroniques de Dieudonné Niangouna — La Comédie de Saint-Etienne @ 11 h 27 min

Les hommes-sandwiches sont prêts, et avec les pancartes et les panneaux portés je dois y donner des choses. Mais quoi ? La voix de l’inconscient ne me dit pas cette fois que je t’avais prévenu, elle tousse les bras croisés, l’œil en tangente, il faut que j’y arrive, il faut, que… je me dis “Ben, vas-y, qu’est-ce que t’attends ? Qu’on te sonne le tocsin ?” Mais à l’entendre comme ça, une seconde que je vais croire le faire ce taf ! Alors je vais enquiquiner Maïanne Barthès comme elle pullule d’idées et sans qu’elle s’en doute je vais lui en piquer z’une. C’est ça le métier d’auteurs : voler aux pauvres pour donner aux riches. “L’important c’est de détourner l’objet.”
- J’ai un ange dans le ventre.
- Un œuf on le casse et on fait des omelettes sinon on égorge le poussin.
- Dessinez un couteau sans manche avec une lame invisible.
- Je suis un poète ! – Oh ! Tais-toi !
- La ville !
- Il y a eu trop de temps en une seconde oubliée.
- Inventez une gaffe à zéro mètre !
- J’ai enfermé le cheval dans la maison et sa queue se balade dans la ville.
Fin d’après-midi, je me rends compte que la grammaire est super mais quand même il ne faut pas en abuser. Une série de ponctuation pour Robert Parize, ça serait mon premier texte taillé sur mesure pour et à quelqu’un.

Dieudonné Niangouna, Vénissieux, jeudi 18 février

17 février 2009

Filed under: Chroniques de Dieudonné Niangouna — La Comédie de Saint-Etienne @ 11 h 17 min

Les monstres ont défilé, 14 h 30. Des gamins transformés à l’intérieur de leur scaphandre, du scotch et du papier avec de la colle et des nuages de peinture, comme si les personnages se dessinaient, se détaillaient. Guy Villerd me tend une partition de musique et c’est à moi de poser les mots entre les crochets pour que ça fasse une chanson. Je n’ai jamais écrit de chanson et y’a un jour pour commencer autre chose.

Dieudonné Niangouna, Vénissieux, Mardi 17 février

12 février 2009

Filed under: Chroniques de Dieudonné Niangouna — La Comédie de Saint-Etienne @ 11 h 09 min

Arrivé à Andrézieux, visite du Théâtre du parc, belle paillote devant la mairie pour une slam session, il convient, le genre gare, Transfert d’énergie, alors les élèves doivent bouffer du chien, à moins que ça caille, j’attends de regagner Saint-Etienne parce que je veux mettre en mot le “Je” en colère.
On attend que je m’envoie dans le bain et propose sans attendre, me faire un territoire, mais bon, comment ça se fait avec des gens qui vont à l’école.

Le “Je” en colère
1- Je ne sais posséder. Mes mains s’effritent aux choses quand je les touche. Me reste des poussières de souvenirs dans un corps sans bras.
2- Je fais le monstre, je veux mordre, mais je n’ai que des dents de lait.
3- Je chassais mon père de la chambre de ma mère sans penser que je vieillirai un jour. Aujourd’hui dans mon lit je dors comme un moineau.
4- J’ai vendu la religion au prix d’un morceau de pain. Je suis parti au fond de moi pour ramasser les bribes de ma personne intime, mes plus beaux matins, et dans ce silence j’entends le bruit de tes pas étalonner mon cerveau. Tu es là à chaque seconde qui marche. T’inquiète, pour danser je vais aussi loin que l’imaginaire. Pour rire j’invente la faute, comme on épouse la tempête.
5- Je voudrais vivre un jour de colère, une heure arrachée de l’horloge, et crever la graine qui m’a poussé et l’arbre qui dans les jambes me porte et se ramifie dans mes bras. Mais j’ai trop peur du regard des autres. Je me dis qu’une ombre me trousse. Je cours sans avoir à choisir mes pas.
6- Je fais des miennes, et comme la parole cassée du paranoïaque je boîte
de l’âme, je broie la comprenette pour qu’on ne me saisisse pas. Je ne veux pas qu’on me touche. J’éjecte le contact sitôt qu’il s’annonce. Ne me regardez pas avec des yeux, suis pas un cadeau. J’ai tellement honte que
vous soyez si réel que ça me donne envie de vous inventer.
7- Je ne me reconnais jamais, même en photo, et surtout dans la glace. Je
ne me connaissais que par intérim. Je me touchais par ricochet. Que de noms à la chaîne j’ai subis, des matricules comme à l’armée, des chiffres et des lettres que je suis, comme un tas.
8- J’ai eu des épaules plus larges à quinze ans et un joli gros sexe, et c’était déjà pire, parce qu’avec ça tu te demandes comment vivre.
9- J’ai une couverture, bien sûr, question de jouer la bascule des tendances et troquer le compas contre le poignard. J’ai eu quatre ans en même temps que mon père parce qu’il ne voulait pas que je tète sa femme passé le berceau, alors pour être jaloux il se prenait pour mon jumeau, puis je vais vous baratiner que je me suis fabriqué tout seul, que j’ai allaité ma mère et aujourd’hui mon existence est un métier. J’ai une couverture, parce que l’être est dans la confidence.
10- Je te dis une phrase dans l’oreille, tu dis ma phrase à l’oreille de ton
voisin, après j’écoute ton voisin pour comparer ton oreille à l’oreille de ton voisin, puis tu me dis les deux précédentes phrases dans l’oreille, et moi je te dis la phrase du voisin qui me la glisse à l’oreille comme ça avec la phrase que je viens de te donner on a l’oreille de ton voisin, c’est à dire la troisième, et celle que je t’ai laissée dans mon oreille pareille à la première, on joint les cinq phrases et la dernière de ton voisin pour mieux comprendre mon oreille et se rassurer que ton oreille est bonne, et si la phrase est restée telle on continue à compter sur l’oreille de ton voisin, mais si y’a différence on recommence. Vous me suivez ?

Dieudonné Niangouna, Saint-Etienne, jeudi 12 Février

11 février 2009

Filed under: Chroniques de Dieudonné Niangouna — La Comédie de Saint-Etienne @ 10 h 45 min

Difficile de travailler. La gueule de bois, pas capable d’écrire quand les impros sont trop policées et les acteurs bien propres. “Tu connais le jeu, me fait Isabelle Vellay, l’assistante : Il faut dire la phrase dans l’oreille de son voisin. Il faut le faire à plusieurs, à seul le jeu s’ennuie…”
Je me commence, je m’ennuie parce que je me demande.
“C’est interdit, de dire que c’est interdit, dire quand c’est interdit, tout le monde s’interdit, sens interdit si, c’est interdit d’interdire, sans sous c’est
interdit, comme ça s’interdit, c’est interdit, dire ça, oui c’est ! Interdit”.

Dieudonné Niangouna, Vénissieux, mercredi 11 Février

5 février 2009

Filed under: Chroniques de Dieudonné Niangouna — La Comédie de Saint-Etienne @ 10 h 37 min

Ai écrit dans la salle de L’Usine, essaie des mots pour une partie d’improvisation mise en musique par Xavier Garcia et Guy Villerd de retour à Saint Etienne :
- Qui est carré et qui ne l’est pas ?
- Rentrez et vous ne serez jamais dedans.
- Ensemble nous sommes seuls.
- Ensemble nous sommes contrains à des libertés.
- Faut pas que ça se termine en feuilleton.
- Les arbres qui se croisent.
- Des végétaux qui s.aiment.
- Abattez les chevaux.
- Cirez leurs sabots.
- Secouez les carrosses.
- Léchez leurs glaives.
- Désarmez les rengaines !

Dieudonné Niangouna, Saint-Etienne, jeudi 05 Février

Filed under: Chroniques de Dieudonné Niangouna — La Comédie de Saint-Etienne @ 10 h 33 min

Ai écrit dans la salle de L’Usine, essaie des mots pour une
partie d’improvisation mise en musique par Xavier Garcia et Guy Villerd de retour à Saint Etienne :
- Qui est carré et qui ne l’est pas ?
- Rentrez et vous ne serez jamais dedans.
- Ensemble nous sommes seuls.
- Ensemble nous sommes contrains à des libertés.
- Faut pas que ça se termine en feuilleton.
- Les arbres qui se croisent.
- Des végétaux qui s.aiment.
- Abattez les chevaux.
- Cirez leurs sabots.
- Secouez les carrosses.
- Léchez leurs glaives.
- Désarmez les rengaines !

Dieudonné Niangouna, Saint-Etienne, jeudi 05 Février

4 février 2009

Filed under: Chroniques de Dieudonné Niangouna — La Comédie de Saint-Etienne @ 10 h 27 min

J’arrive à Vénissieux, quatorze heure et des poussières.
L’atelier que dirige Catherine Laval, conceptrice du projet et réalisatrice plastique de “Rien avoir avec 2” apostrophée par Sean Laval Hart n’a pas l’air comme ça… atterrissage dans le brouhaha des gamins, une invention qui me déplace et la voix de l’inconscient revient : “ quels bouts de mots vas-tu servir à cette échéance, tellement que t’es à l’ouest ? Et d’ailleurs comment écrire sur des choses qui ne demandent pas de mots ? Par où prendre son envol ? L’oiseau !  »
Et Yacine Saïde me demande “ T’es né en Afrique ou en France, dis-moi, et surtout ne triche pas.“
- En Afrique.
- Jures-le !

Dieudonné Niangouna, Vénissieux, mercredi 04 Février

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