Les lieux et les objets
Notre lieu de travail dans le cadre du festival des Scénographies urbaines du 5 au 14 mars.
Le cinéma Ster-city, notre espace de travail pendant 10 jours. C’est un lieu hyper chargé. Voilà ce que je peux vous en dire :
il est placé dans un quartier de la ville extrêmement mouvementé, bouchonné par les taxis-brousses qui font la loi dans la jungle routière des priorités à gauches et autres feux grillés, à deux pas du Joubert Park, le « parc le plus dangereux du monde ». Durant l’apartheid, le quartier était juif. et le Ster-city était uniquement fréquenté par des blancs. En 1994, fin de l’apartheid, les sud-africains noirs reprennent la ville, et tous les sud-africains blancs se cantonnent dans des quartiers ultra-sécurisés en banlieue. (Aujourd’hui, chaque quartier villa-barbelé et séparé des township par une zone-commerciale-tampon). Les noirs débarquent dans le cinéma des blancs, et détruisent chacun des fauteuils ayant accueilli de blanches-fesses. Nous apprenons d’autre part, que le ciména fut l’un des premiers autels d’une croyance imaginant que le viol d’une enfant-vierge immuniserait l’homme du virus du sida. Nous voila, noirs et blancs à « performer » au milieu des fantômes. Jean-Paul Delore construit des images avec ses 20 comédiens Sud-Africains, Mozambicains, Français, et le lieu se réveille.

Les portraits de Sean Hart, dans les gradins de la grande salle de cinéma Ster-City
Le jeu d’acteur et la relation avec les autres disciplines artistiques…
Un moment de musique expérimentale :
Débarquez dans la grande salle du cinéma Ster-City, prenez Xavier Garcia, ses trucs-et-astuces, Tommy Luminet, sa slide-guitare et mon vieil accordéon, mixez les oscillations à la cuillère, cliquetis, cloches, claquettes, respirations soulagées, mêlez ces sons sombres ou délicats, improbable alliage, et déposez-y délicatement un texte de Dieudonné Nianguna. Découvrez des fantômes, ravis.

La grande salle de cinéma Ster-City
Quel public, quelles rencontres avec les spectateurs ?
La photo de la tête d’un enfant noir, Sécu-des-Minguettes, portée à bout de bras par une blonde blanche affolée au milieu de la rue, provoque de l’inquiétude aux klaxons des taxis-brousse, du dédain aux écoliers en uniforme, les rires des marchandes de trottoirs. La blanche reste muette, l’enfant noir aussi, mais l’image parle dans la tête des passants qui s’arrêtent, figés et gambergent, les yeux alertes, devant la quête de ce duo black & white.

Une performance
En pleine pénombre, le public débarque dans une petite salle poussièreuse. La lumière laisse petit à petit apparaître quelques personnes qui avancent vers le public en chuchotant. Dans le groupe, un seul blanc. Il prend la parole et finit sur ces mots: « …ceci est ma terre, mon ciel, tout ce que vous voyez est à moi », les mots résonnent, repris en zoulou, portugais, anglais, xhosa, alors s’élève le chant-moi des fantômes blancs dissimulés dans les gradins.
Escapade au township d’Alexandra
Julie et moi partons pour une journée dans le township d’Alexandra où a vécu Nelson Mandela. Nous sommes accompagnées d’Angélique, une super-nana qui travaille au centre culturel français, de Robert un Sud-africain blanc, architecte hyper curieux, et trois jeunes du township qui acceptent de s’improviser guides pour nous emmener dans les ruelles en terre entre les maisons de tôle à la rencontre des gens qui vivent ici.

Julie et Léopoldine avec une jeune femme et son fils devant sa maison « trop petite ».

Des enfants du Township d’Alexandra
Léopoldine Hummel, Johannesburg, vendredi 20 mars