Kukuga mélancolique système dix

Kukuga mélancolique système dix vous invite à partager un voyage. Le voyage de dix jeunes acteurs de l’Ecole de La Comédie de Saint-Etienne engagés dans une aventure théâtrale de quatre mois sous la direction de Jean-Paul Delore qui les conduira de Vénissieux à Johannesburg (Afrique du Sud), de Paris-Villette à Maputo (Mozambique) avant de terminer ce fabuleux périple au Théâtre du Parc dans le cadre de La programmation de La Comédie de Saint-Etienne.

Le portrait sera le leitmotiv qui guidera ce chantier artistique au long cours. Ainsi, chacun des dix acteurs sera amené à se révéler dans la confrontation à l’altérité (l’enfant, l’étranger, le monstre et peut-être aussi quelques fantômes enfouis dans la mémoire).
Cet événement est surtout l’occasion de découvrir dix jeunes comédiens prometteurs à la veille de leur immersion dans la vie théâtrale professionnelle… Découvrez-les au fil des étapes que Kukuga vous propose et bonne visite sur ce blog…

29 mars 2009

PAREO MULTICOLORE

Filed under: Photos des élèves-comédiens,Propos des élèves-comédiens — La Comédie de Saint-Etienne @ 16 h 05 min

Mozambique. Départ pour Macanet, une plage où la baignade est possible dans l’Océan Indien. Nous avons rendez-vous à 10h (à l’exception de Julie et Léo qui visitent un autre paradis, Florent qui se repose, Doudou qui cuve et Dee qui manque mystérieusement à l’appel). Une heure et demie plus tard, nous n’avons pas bougé. Ici, il a fallu faire l’apprentissage de la patience, aujourd’hui, repos, l’attente est moins stressante. Le « riquiqui bus » arrive enfin et nous nous tassons à l’intérieur. On a plaisanté sur la durée du voyage, il y a eu un débat à propos de la couleur de l’eau, nous avons fait une halte en attendant que le riquiqui bus se hisse sur le bac. Pendant la traversée, j’ai tenu à deux mains le chapeau d’Isabelle, Patrick Puchavy a fait des photos et Tommy aussi. Une fois de l’autre coté, le riquiqui bus manque verser dans de sombres marécages, grosse frayeur et rires et nous voilà dans la gadoue en train de le pousser. Quelques ornières plus loin (une bonne demi-heure tout de même, le riquiqui bus peine sérieusement sur cette route cabossée), c’est l’Océan, ses vagues furieuses. Nous nous jetons à l’eau, buvons la tasse en s’agrippant les uns aux autres et les rires fusent entre deux vagues. Deux ans et demi passés ensemble dans la même école, dans deux mois, c’est la fin. Là, devant l’océan Indien, il y a quelque chose de la mélancolie que je ressens et que je chasse.

Un véhicule mal barré

Un véhicule mal barré

Thabo et Tidisso

Thabo et Tidisso

Jean-Paul a pris du large, je l’aperçois très loin. Essoufflée, assise au bord de l’eau, je regarde Thabo et Tidiso qui ne savent pas nager courir en criant se jeter dans les vagues et repartir aussi sec dans l’autre sens, apeurés.

lumière orangée et savannah

lumière orangée et savannah

Mais nous avons faim. À la guinguette, nous avons attendu deux heures nos plats dans la lumière orangée. Nous avons vu le soleil décliner en buvant de la Savannah. Quand nos plats arrivent, il est vraiment temps de partir. Rosa nous attend tous pour dîner, le dernier bac est à 18h30. Victor (le professeur portugais de théâtre mozambicain ou inversement) que nous avons trouvé sur la plage en train de promener son chien a l’air inquiet. Ce n’est pas perceptible dans l’insouciance générale et je monte dans son quatre-quatre en riant !
Rodéo infernal sur la route cabossée. Au premier soubresaut, Isabelle perd ses lunettes et se jette dans les bras de Charlotte. Fou rire général. Entre temps, le chien s’est agrippé à moi en bavant. Victor est inquiet et maintenant je comprends : l’eau a monté là ou nous nous étions embourbés à l’aller. La route n’est praticable que pour le genre d’engin dans lequel nous nous trouvons et guère pour les riquiquis bus. Nous voyons le soleil disparaître et le bac faire un avant-dernier voyage.
Inquiets, nous scrutons la route avec les jumelles de Victor.
Je regarde les silhouettes dans le soleil couchant mais Victor nous appelle, il a mis le moteur en marche et Charlotte et moi courons le rejoindre, éperdues, pied nus dans la gadoue, j’ai égaré une sandale, tant pis, c’est l’aventure ! Le bac viendra nous chercher avant les marécages. Ils sont enfin là, les autres, ils ont laborieusement atteint l’entrée des marais et nous les découvrons dans la lumière des phares en compagnie d’un Portugais, cigare au bec, whisky à la main, son paréo multicolore coincé sous les aisselles et sa gueule de gros c(ol)on. Sauvés.

Maïanne Barthès, Maputo, dimanche 29 mars 2009

20 mars 2009

PETIT PANORAMA DE JOBURG

Filed under: Photos des élèves-comédiens,Propos des élèves-comédiens — La Comédie de Saint-Etienne @ 9 h 53 min

Les lieux et les objets
Notre lieu de travail dans le cadre du festival des Scénographies urbaines du 5 au 14 mars.

Le cinéma Ster-city, notre espace de travail pendant 10 jours. C’est un lieu hyper chargé. Voilà ce que je peux vous en dire :
il est placé dans un quartier de la ville extrêmement mouvementé, bouchonné par les taxis-brousses qui font la loi dans la jungle routière des priorités à gauches et autres feux grillés, à deux pas du Joubert Park, le « parc le plus dangereux du monde ». Durant l’apartheid, le quartier était juif. et le Ster-city était uniquement fréquenté par des blancs. En 1994, fin de l’apartheid, les sud-africains noirs reprennent la ville, et tous les sud-africains blancs se cantonnent dans des quartiers ultra-sécurisés en banlieue. (Aujourd’hui, chaque quartier villa-barbelé et séparé des township par une zone-commerciale-tampon). Les noirs débarquent dans le cinéma des blancs, et détruisent chacun des fauteuils ayant accueilli de blanches-fesses. Nous apprenons d’autre part, que le ciména fut l’un des premiers autels d’une croyance imaginant que le viol d’une enfant-vierge immuniserait l’homme du virus du sida. Nous voila, noirs et blancs à « performer » au milieu des fantômes. Jean-Paul Delore construit des images avec ses 20 comédiens Sud-Africains, Mozambicains, Français, et le lieu se réveille.

Les portraits de Sean Hart, dans les gradins de la grande salle de cinéma Ster-City

Le jeu d’acteur et la relation avec les autres disciplines artistiques…
Un moment de musique expérimentale :
Débarquez dans la grande salle du cinéma Ster-City, prenez Xavier Garcia, ses trucs-et-astuces, Tommy Luminet, sa slide-guitare et mon vieil accordéon, mixez les oscillations à la cuillère, cliquetis, cloches, claquettes, respirations soulagées, mêlez ces sons sombres ou délicats, improbable alliage, et déposez-y délicatement un texte de Dieudonné Nianguna. Découvrez des fantômes, ravis.

La grande salle de cinéma Ster-City

Quel public, quelles rencontres avec les spectateurs ?

La photo de la tête d’un enfant noir, Sécu-des-Minguettes, portée à bout de bras par une blonde blanche affolée au milieu de la rue, provoque de l’inquiétude aux klaxons des taxis-brousse, du dédain aux écoliers en uniforme, les rires des marchandes de trottoirs. La blanche reste muette, l’enfant noir aussi, mais l’image parle dans la tête des passants qui s’arrêtent, figés et gambergent, les yeux alertes, devant la quête de ce duo black & white.


Une performance
En pleine pénombre, le public débarque dans une petite salle poussièreuse. La lumière laisse petit à petit apparaître quelques personnes qui avancent vers le public en chuchotant. Dans le groupe, un seul blanc. Il prend la parole et finit sur ces mots: « …ceci est ma terre, mon ciel, tout ce que vous voyez est à moi », les mots résonnent, repris en zoulou, portugais, anglais, xhosa, alors s’élève le chant-moi des fantômes blancs dissimulés dans les gradins.

Escapade au township d’Alexandra
Julie et moi partons pour une journée dans le township d’Alexandra où a vécu Nelson Mandela. Nous sommes accompagnées d’Angélique, une super-nana qui travaille au centre culturel français, de Robert un Sud-africain blanc, architecte hyper curieux, et trois jeunes du township qui acceptent de s’improviser guides pour nous emmener dans les ruelles en terre entre les maisons de tôle à la rencontre des gens qui vivent ici.

Julie et Léopoldine avec une jeune femme et son fils devant sa maison « trop petite ».

Des enfants du Township d’Alexandra

Léopoldine Hummel, Johannesburg, vendredi 20 mars

16 mars 2009

CE CLAQUEMENT AVEC LES POUCES

Filed under: Propos des élèves-comédiens — La Comédie de Saint-Etienne @ 9 h 39 min

J’ai retrouvé Yacine en Afrique du Sud.
Par les mille façons de saluer ici.
Nous n’avions rien prémédité en travaillant notre petit duo en France, à Vénissieux, aux Minguettes.
Pourtant il se réclame de toutes les rencontres de Johannesburg.
Ce claquement avec les pouces, qui aurait dit que chacun eu le sien dans cette ville ?

Par ce moment de grâce aussi ; parmi les enfants.
Petit jeu avec son portrait.
Les enfants en costume d’école et les autres en costume de rue, ils étaient avides de le saluer.

Curieux de Yacine-la-drôle-de-moue-en-grand-sur-un-papier.
Il rougirait, celui-là, du nombre de baisers qu’il reçu cet après-midi là.

Charlotte Ligneau, Johannesburg, lundi 16 mars 2009

10 mars 2009

HISTOIRES DE FANTOMES (Maïanne Barthès)

Filed under: Propos des élèves-comédiens — La Comédie de Saint-Etienne @ 14 h 43 min

Nous voyons Robert descendre. Il fait les cent pas dans la cour, devant le Drill Hall. Se prend la tête à deux mains. D’ici, on ne peut pas savoir s’il a commencé à parler. Derrière la grille, un attroupement de gamins commence à se former.

répétition

Jean-Paul nous envoie un par un le rejoindre. Défilé de chaises. Je vois Tommy, Mauro, Tabo, Tidouso, Doudou, Fanny, Léopoldine, Violetta, Lucretia, Vincent… s’installer comme pour un concert improvisé. L’image est belle. Robert se prend toujours la tête à deux mains. Je pense qu’il parle maintenant. Récitation 1 pour Robert Parize, le texte de Dido. Je descends rejoindre le groupe en traînant la patte, ma cuisse me fait toujours souffrir, une élongation, sans doute rien de grave. Le soleil tape, les enfants sont là. Ils se marrent.

Il y a ce moment. Couchés dans la poussière, les uns contre les autres, Mauro (Mozambicain) Tidouso et Tabo (Sud-africains), Charlotte et moi. Nous sommes sous l’immense écran déchiré. La lumière est douce, une presque pénombre. D’abord nous ne parlons pas, puis nous entamons une conversation à bâtons rompus à laquelle personne ne comprend rien. Pas même nous. Rires qui résonnent très haut et soulèvent la poussière. Puis Jean-Paul me donne un texte. Absence of phantoms doesn’t make me king.

Une image de Sean qui transforme petit à petit ce vieux cinéma. Ce soir, vu un lion qui le matin n’y était pas.

J’ai une fascination pour Dieudonné Niangouna. Il est en train de passer l’aspirateur dans le ster city avec sa bouche. Ça ronronne un peu mais c’est efficace.

MAIS COMMENT FAIT-IL POUR RÉUSSIR À S’ENDORMIR LÀ ????

Maïanne Barthès, Johannesburg, le 9 mars 2009

LE SILENCE DES JUDITHS (Vincent Dedienne)

Filed under: Propos des élèves-comédiens — La Comédie de Saint-Etienne @ 14 h 23 min

Marcher silencieusement dans les rues, sur les places, dans les marchés, côte à côté. Nos peines en promenade, mes ruines près de ses ruines. Pas de deux, pas de danse. Pas de peu, de très peu…

Jamais rien su du silence des princesses…

J’en ai rencontré une. Une princesse aux larmes de collyre… première fois. J’avais déjà rencontré une Reine, un soir quelque part, dont le Royaume aujourd’hui n’est plus qu’un terrain vague. Mais c’est une autre histoire…

Princesse à la peau noire,

Princesse aux larmes jaunes,

dans une banlieue grise.

Est devenue mienne, un peu. Un peu mienne, oui.

Je l’appelais « ma princesse », comme mon oncle le faisait avec sa vieille jument.

Halimatou.

Halimatou-au-visage-de-larmes, son nom complet.

Car ma princesse avait un visage de larmes. Et ça n’était pas que la conjonctivite…

Déjà le sourire d’Halimatou partait vers le bas.

Sur ses lèvres, un sourire comme les enfants les dessinent sur les visages mécontents.

Pourtant pas mécontente ma princesse, pas toujours, simplement le sourire à l’envers même dans la joie.

Dans les cours des écoles, je porte ma princesse, à bout de bras. Elle, à bout de larmes, toujours silencieuse.

Halimatou, petit corps, le chagrin comme un geôlier, devenue Reine des récrés.

Tant de nœuds dans la gorge d’Halimatou.

Et moi, qui n’essaie pas de les défaire.

Moi qui profite de sa lumière.

Moi qui n’ai jamais rien su du silence des princesses…

Suis devenu prince. Enrobé dans son mutisme. De son silence, me suis fait un costume.

Halimatou et moi, prince et princesse de larmes mêlées.

Halimatou marche vers moi, ne me quitte pas des yeux (les miens s’embuent), s’arrête, tourne sur elle-même. C’est tout. Et si vous saviez tout ce qui tourne alors. Le paysage entier, modifié, devient manège. Et les immobiles….

Si vous saviez comme tout se fige aussi quand les yeux de ma princesse s’accrochent aux miens comme des noyés. Et les agités… les agités se calment. Le monde se désénerve quand Halimatou se fige.

halimatou-13

Marcher silencieusement dans les rues, sur les places, dans les marchés, côte à côté. Nos peines en promenade, mes ruines près de ses ruines. Pas de deux, pas de danse. Pas de peu, de très peu…

Vincent Dedienne, mercredi 4 mars 2009

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