Marcher silencieusement dans les rues, sur les places, dans les marchés, côte à côté. Nos peines en promenade, mes ruines près de ses ruines. Pas de deux, pas de danse. Pas de peu, de très peu…
Jamais rien su du silence des princesses…
J’en ai rencontré une. Une princesse aux larmes de collyre… première fois. J’avais déjà rencontré une Reine, un soir quelque part, dont le Royaume aujourd’hui n’est plus qu’un terrain vague. Mais c’est une autre histoire…
Princesse à la peau noire,
Princesse aux larmes jaunes,
dans une banlieue grise.
Est devenue mienne, un peu. Un peu mienne, oui.
Je l’appelais « ma princesse », comme mon oncle le faisait avec sa vieille jument.
Halimatou.
Halimatou-au-visage-de-larmes, son nom complet.
Car ma princesse avait un visage de larmes. Et ça n’était pas que la conjonctivite…
Déjà le sourire d’Halimatou partait vers le bas.
Sur ses lèvres, un sourire comme les enfants les dessinent sur les visages mécontents.
Pourtant pas mécontente ma princesse, pas toujours, simplement le sourire à l’envers même dans la joie.
Dans les cours des écoles, je porte ma princesse, à bout de bras. Elle, à bout de larmes, toujours silencieuse.
Halimatou, petit corps, le chagrin comme un geôlier, devenue Reine des récrés.
Tant de nœuds dans la gorge d’Halimatou.
Et moi, qui n’essaie pas de les défaire.
Moi qui profite de sa lumière.
Moi qui n’ai jamais rien su du silence des princesses…
Suis devenu prince. Enrobé dans son mutisme. De son silence, me suis fait un costume.
Halimatou et moi, prince et princesse de larmes mêlées.
Halimatou marche vers moi, ne me quitte pas des yeux (les miens s’embuent), s’arrête, tourne sur elle-même. C’est tout. Et si vous saviez tout ce qui tourne alors. Le paysage entier, modifié, devient manège. Et les immobiles….
Si vous saviez comme tout se fige aussi quand les yeux de ma princesse s’accrochent aux miens comme des noyés. Et les agités… les agités se calment. Le monde se désénerve quand Halimatou se fige.

Marcher silencieusement dans les rues, sur les places, dans les marchés, côte à côté. Nos peines en promenade, mes ruines près de ses ruines. Pas de deux, pas de danse. Pas de peu, de très peu…
Vincent Dedienne, mercredi 4 mars 2009