Kukuga mélancolique système dix

Kukuga mélancolique système dix vous invite à partager un voyage. Le voyage de dix jeunes acteurs de l’Ecole de La Comédie de Saint-Etienne engagés dans une aventure théâtrale de quatre mois sous la direction de Jean-Paul Delore qui les conduira de Vénissieux à Johannesburg (Afrique du Sud), de Paris-Villette à Maputo (Mozambique) avant de terminer ce fabuleux périple au Théâtre du Parc dans le cadre de La programmation de La Comédie de Saint-Etienne.

Le portrait sera le leitmotiv qui guidera ce chantier artistique au long cours. Ainsi, chacun des dix acteurs sera amené à se révéler dans la confrontation à l’altérité (l’enfant, l’étranger, le monstre et peut-être aussi quelques fantômes enfouis dans la mémoire).
Cet événement est surtout l’occasion de découvrir dix jeunes comédiens prometteurs à la veille de leur immersion dans la vie théâtrale professionnelle… Découvrez-les au fil des étapes que Kukuga vous propose et bonne visite sur ce blog…

29 mars 2009

BAISER DE MOUSSON

Filed under: Chroniques de Dieudonné Niangouna — La Comédie de Saint-Etienne @ 9 h 20 min

Nous sommes partis à Macanet. Pique-nique en haute mer.
Une île occupée par les touristes. Ici on n’est pas vus comme hier, plutôt le contraire, même en bourlinguant entre le français, l’anglais et le portugais.
On s’amuse avec les vagues qui arrachent nos douleurs de la semaine.
L’océan Indien, aussi doux qu’un tiède baiser de mousson.
La nuit on est invité chez Dona Rosa.

Dieudonné Niangouna, Maputo, dimanche 29 mars 2009

28 mars 2009

LIEU COMMUN D’EXPRESSION

Filed under: Chroniques de Dieudonné Niangouna — La Comédie de Saint-Etienne @ 9 h 14 min

Apresentaçâo pùblica aos residentes da àrea.
Chez Matchumi.
Un quartier populaire en Afrique comme je les aime. Des gamins dans la poussière, de l’activité non stop, de l’énergie dans les rues, des postes téléviseurs devant des petites boutiques où s’attroupent des familles et voisins pour suivre un match de foot ou une série brésilienne de télé novelas. Des petits maquis avec de la musique à vous secouer les tympans.
Neuf 4 X 4 pour escorter tout l’équipage. Dans la violence de cette zone, à cinq kilomètres de Matola, la civilisation a honte d’y foutre les pieds. Des têtes sortent de leurs enclos pour zyeuter l’étonnant. Il n’est pas de coutume que les grosses pompes viennent s’égosiller dans ces coins. Nous ne le sommes pas, mais à qui le dire avec nos bagnoles qui tuent, nos anti-soleil, nos petits camescopes et nos appareils photo numériques, avec nos tronches intellos et nos airs de tout comprendre, nos looks d’artistes voyageurs et prétentieux ? Et je ne parle pas de l’irruption de la peau blanche dans ce décor.
Il est clair qu’on va jamer chez Matchumi, l’ami musicien est assez connu dans le secteur pour organiser ce genre de rencontre. Mais toujours est-il…
Nous devenons de suite une nouvelle attraction dans le paysage. Les gamins sont les plus curieux, mais celle, des curiosités, que j’aime ; ils s’approchent, saluent, sourient, demandent à savoir naïvement mais non sans intelligence qu’est-ce qu’on joue comme type de musique, et là Tommy répond “el théâtro !”, et les gamins se cassent de rire. Rapidement les jeunes vous proposent un bar, un kiosque à cigarettes, toutes les cigarettes, ils vous proposent des promenades guidées dans le quartier, le petit tourisme misérabiliste, ils vous proposent l’histoire et les infos. Les mamans dans leur mélancolie chronique appuyée par le joug quotidien vous saluent tendrement, la petite crainte dans le regard, parce que quand les riches débarquaient en grand nombre dans ces périmètres avec toutes les intentions du monde on ne s’étonnait pas de savoir à la fin qui devenait la victime. Et on ne comprend pourquoi, une petite culpabilité gêne notre approche. Si être pauvre est une maladie, je pense que ne pas l’être, même sans être riche, est un état qui vous apprend la différence, la plus violente, avec les personnes démunies.
L’homme est un extraterrestre pour l’homme. Et ce n’est pas une question de noirs et de blancs. C’est juste : avoir ou ne pas avoir, et ce qui t’emmène à être ou à ne pas être.
Les adolescents, puisque c’est l’âge le plus violent dans la rencontre des mondes, palissent de regard, comme s’ils voulaient devenir nous sans photocopie, c’est à dire en étant eux-mêmes mais comme nous, avec ce que nous avons comme atouts. Ah ! Le regard de l’autre ! S’ils savaient réellement ce que nous sommes. Mais bien sûr qu’ils savent par exemple que nous avons pris des avions, que nous sommes logé à l’hôtel, et qu’on se promène en bagnole. Alors ils ne se trompent pas pour autant. Même si ce n’est pas à nos frais, bien évidement c’est ça l’atout.
Le monde s’entoure, comme appelé autour de cette aire de jeu, cour de parcelle familiale, ordinaire avec manguier et cuisine de fortune en taules rouillées, quelques pilons, et les jouets de gamins fabriqués par eux mêmes, que nous avons définis comme scène, lieu commun d’expression.
Vingt minutes après il fait noir de monde, mamans et papas s’invitent, gens curieux, sédentaires et particules importantes de la sociologie du terroir sont là, les gamins à leur pieds, un boucan d’enfer, comme si le rock ne m’avait été conté avant.
Patrick Pulchavy dresse la rampe lumineuse au sol pendant que tombe la nuit, et les premières notes du tchimbila (balafon mozambicain) frappées par le virtuose invétéré du groupe, Tchimbila Muzimba, appellent les enfant à s’exécuter dans une parfaite liberté du corps au coeur de la scène.
Défilent des chorégraphies étonnantes. Mélange de virtuosité et de dextérité déroutante, majesté de la fureur et poétique pure de l’être dans un déhanché endiablé. Il shoote de l’esprit. Les dieux sont là ce soir, ils incendient les timides et confondent les arrogants, ils extasient les frustrés et les bon vivants. Après la musique, le théâtre.

Dieudonné Niangouna, Maputo, samedi 28 mars 2009

27 mars 2009

NATURELLEMENT OU CONQUIS, ON S’ABANDONNENT

Filed under: Chroniques de Dieudonné Niangouna — La Comédie de Saint-Etienne @ 9 h 11 min

Fatigue générale. Les yeux tombent les premiers, les corps s’épuisent à chaque point d’expression. Les jours s’élastifient, les heures épuisent. Dans cinq jours chacun serait chez soi. Mais avant il nous faut finir la balade en Afrique Australe.
La Casa Velha, un théâtre comme en trouve dans des endroits improbables. Une vieillerie enterrée dans une ville éclatante, bois rustres et piliers abordés par les termites. Amphithéâtre en bleu turquoise, lorgné par des géants arbres centenaires. Un théâtre Gréco-Bantu. Le vent arrive à s’y engouffrer pour fouetter les acteurs et climatiser le public en ces chaleurs tropicales.
Dans la fatigue, on trouve sans prise de tête. Naturellement ou conquis, on s’abandonne. On est bien rentré dans l’échéance et tous on la sert. Nos
armes sont mises au service. Nos langues respectives n’existent plus. Tout le monde comprend tout le monde. Tombent les masques.
15 h, début des répètes dans le blue note.
22 h on va manger chez Lucrécia. Cuisine de Zambèze, un mélange de noir et d’Indien, musique du monde, ambiance à flot rapide.

Dieudonné Niangouna, Maputo, vendredi 27 mars 2009

26 mars 2009

CAFETE

Filed under: Chroniques de Dieudonné Niangouna — La Comédie de Saint-Etienne @ 15 h 09 min

Restitution au campus universitaire de Maputo, 10 h du matin, jardin de la cafète.

Dieudonné Niangouna, Maputo, jeudi 26 mars 2009

24 mars 2009

IL FAUT RESTER SYMBOLIQUE

Filed under: Chroniques de Dieudonné Niangouna — La Comédie de Saint-Etienne @ 9 h 52 min

On a retrouvé nos amis du Mozambique, Rogéiro, Rosa, Angela, Mauro et Viollleta qui nous attendaient avec impatience dans ce grand théâtre universitaire, modèle des années communistes et propagandistes du parti Etat.
Toute l’équipe est de nouveau au complet, sauf Baptiste qui a accouché à Sainté et Nicolas de Johannesburg qui n’a pas pu continuer l’aventure parce qu’il a des examens.
Les premiers speeches de Jean-Paul, le mot du directeur du théâtre qui se débrouille plutôt mieux en français, et on se met à l’aise pour attaquer la scène.
En principe on va utiliser tout le centre culturel Franco-Mozambicain dans toutes ses possibilités. Pour cela il nous faut inventer des nouvelles choses sur les apparences (costumes, masques, maquillages, expressions corporelles, jeu, danse…).
Puis on se rendra aussi dans les rues, les places publiques et chez Matchoumé (le musicien), dans la cour de sa parcelle. “Soyons réceptifs”, conclut Jean-Paul.
Essayer des choses deux par deux, couple fille et garçon. L’idée ne mord pas.
On abandonne.
“Qu’est-ce qui se passe si y’a un groupe de onze filles dans un endroit indéfini et qu’il y a un garçon qui arrive ?”
Et Jean-Paul continue : “Ce sont vos idées qui m’intéressent, pas les miennes.”
Puisqu’on a la chance d’avoir un endroit indéfini qui est la scène, alors on va pas se priver.”

Vamos agôra !
Ca commence. Fanny et Noont’s sont les premières à fouler la scène du théâtre universitaire, 14 h 38, 30° à l’ombre. Maïanne arrive en robe d’été, Lucrétia en body moulant et cycliste marron, Doudou anticipe la pêche, aussi souple qu’elle donne à étonner, Charlotte se frotte les mains, toute impatiente de commencer une invention continue, Julie les mains dans les poches, le regard franc et disponible, Tommy arbore son t-shirt rouge à l’effigie de Mohamed Ali, il sourit, il est bien dans sa peau, Rosa a la détente facile depuis notre arrivée, fallait la croiser à Maputo, dans son élément, pour tomber dans sa vive clémence, elle attaque la scène, son corps répond avant l’exercice.
Je m’impatiente de vivre ce qui sera. Léopoldine dite Adelscote en contre-sueur bleu ciel et kimono noir a la même fraîcheur, elle provoque la réaction, bousculant, avec parcimonie, ces nouveaux corps qui maintenant se lancent sur le tapis de bois sans chercher à savoir pourquoi ni comment. Maintenant Adelscote tape sur ses mains, le regard déplaçant le rythme du pied pris, puis la cadence géomètrise les mouvements qui naissent subitement. Toutes les filles enroulées dans les bras de Tommy, puis les pieds, se forme une pyramide, un nœud de chairs vigoureuses. Angela rayonne sur scène, un amour qui se discontinue dans le silence. Enfin, des chuchotements. Absence de pression.
C’est pas facile quand t’as plein de nanas dans un jeu, et t’es tout seul, et elles t’assaillent. Forcément ça raconte des inattendus que tu ne peux pourras jamais garder, des tendresses et des violences à la fois, pas simultanément ni séparées comme défilent les tableaux, mais une unité, une chose qui ne saurait être ni violente ni tendre. Dans cette poétique l’abstraction est déroutante. Ce qui marche en premier c’est l’absence de psychologie. On ne se contente pas, on ne développe pas non plus, et les choses n’y sont même pas. Ce sont des présences.
Un ajout prend la place de Tommy, Mauro. Ça ne dit déjà plus la même chose.
Le tranquille dépayse tout. Couinement d’une porte au lointain. J’aime ce silence. Il ressemble à une ville qui est partie chercher ailleurs, restent ces bâtiments désolés, attendant dans l’incertitude le retour de ses hommes qui malheureusement ne seront plus les mêmes. Lucrétia s’approche, Mauro bouge, Rosa lui tourne la tête, enfile son bras
autour de sa taille comme pour le couper, Maïanne lui caresse la jambe avec le bout de son orteil. Le mouvement inexpliqué, puis le réveil comme qui dit “pardon”.
Doudou fait le chien, nous arrive les ronflements sourds de Thiduso allongé côté public, le seul être qui peine à digérer le trajet d’hier.
Doudou fait le kangourou, Mauro est empoché sur son ventre. Fanny se couche autour de l’homme. All eyes on the man. J’aime l’intelligence de Noont’s, elle passe un bandeau sur les yeux de Mauro, elle lui étreint méticuleusement le bras comme une autopsie sentimentale et ça en fait le cadavre charmant qu’elle rêve depuis et elle le traîne, et nous lisons sur son visage l’amour perdu du croque-mort.
Si Maïanne le caresse, elle se transforme en poule.
On peut dire que c’est la façon de faire qui doit raconter et non l’histoire, parce qu’elle, l’histoire, ne doit pas bouger, ce n’est que la façon qui doit être. C’est intéressant d’avoir différentes façons de rentrer dans quelqu’un.
“See me now !”
“Les pieds des comédiennes sont comme des socles sur lesquels s’érigent des architectures humaines pour raconter la scène et le jeu des vivants.”
Etablir un rapport évident avec l’esprit corporel du partenaire, de sorte que le matériel vous soit approprié. Je reste sur cette magique phrase de Mohamed de Vénissieux : “Il faut rester symbolique”.

Beautifull People
A ku kina na swidjula
No bfuimala a minengue
Ya ku kina hayonne
No ti thlhatlhalatela yé hé, é, é!
No ti tlhatlhalatela yé hé, é, é!

Bonus (pendant la pause)
- Petit entraînement de kung fu ( Thabo contre Thiduso)
- Petit cours de danse hip hop par Florent. Participants : Fanny, Thabo et Thiduso. Observatrice : Isabelle Vellay dite Zaza la censure.
- Apprentissage de chant érotique mozambicain par Angela. Participant : Dieudonné Niangouna.

Dieudonné Niangouna, Maputo, 24 mars 2009

23 mars 2009

ELLIPSE MAPUTO

Filed under: Chroniques de Dieudonné Niangouna — La Comédie de Saint-Etienne @ 9 h 13 min

“J’aime ce silence qui n’étouffe pas le plateau.
Vivent des yeux à travers des corps flottants sur la lumière, la paresse du spectateur motivé et la comédienne qui tend son corps à l’indécis, opaque mais transparente comme une effervescente envie d’aimer.
Les silhouettes des personnages passent comme des divinités, personnifiées, le temps de roter un sentiment bassement terrestre.
Mais ne reste de leur exégèse ni la trame, ni le coup fatal de la geste finale, encore moins la musique exsangue des syllabes, mais la simple brûlure de la paupière.”


La 4 x 4 ronronne au petit matin.
Descente des bagages, et quitté le hall de l’hôtel Ashanti.
Un fourgon gris sur le trottoir de Ten Anderson Street, et un chapeau du docteur Dolitle sur le crâne du chauffeur qui pisse encore l’anis d’hier.
Chargement du matos par dessus la Land Rover de Dee, et on oublie Patrick Pulchavy dans les toilettes. A la première croisée des chemins on se souvient qu’une voix nous manque, on revient sur nos pas, mais le grand Patrick n’est pas resté de marbre, le sourire en forme, il nous annonce qu’on lui doit une tournée à Maputo.
Trois véhicules pour expédier tout l’équipage :
Le fourgon de l’IFAS occupé par Jean-Paul, Isabelle, Julie, Florent, Leopoldine, Dieudonné, Noont’s, Robert, Thabo, Thiduso, Catherine, Patrick.
La Land Rover de Dee Lauren’s avec à bord : Maïanne, Tommy, Fanny, Charlotte, Vincent, et Dee. Enfin la voiture perso du chauffeur, conduite par son boy et homme de main, et là on a Doudou et le boy, seuls dans la cabine avant.
Silence sur la route, nous avons trouvé la nationale à six heures moins le quart, mais déjà le silence nous troue les paupières. Pas beaucoup dormi ces derniers temps et encore moins cette nuit. Commence Ocean’s Twelve sur l’écran du taxi-brousse, on raccroche, la chorale des ronfleurs envoie le premier beat.
Escale deux heures après chez Shell. On a dépouillé les maisons exotiques sur la route, y’a pas que les touristes qui savent s’extasier ; tout l’artisanat de vilain goût, mais qui raconte malgré tout qu’on a été là, nous passe entre les mains et finit dans nos sacs pour alléger nos portefeuilles.
La cargaison reprend la route, à bord les chants sudafs tonifient l’ambiance, puis Beyonce est venue foutre le bordel avec R-Kelly qui a duré le temps de l’ennui.
Deuxième escale on est dans une autre connerie pétrolière. Des camions citernes et des bahuts chargés de bœufs et de sacs de blé garent le long de la zone, paysage perdu dans le middle west, la vraie crame du désert américain avec des personnages de chez Faulkner, et des gueules qui emmerdent. Des grands et gros gens mal en point, trop
écarquillés, western des temps perdus mais retrouvés, racistes à la première moue sur la gueule froissée, envahissent la place. Et les inégalités se célèbrent avec emphase, et toute la culture du pognon et de la poigne : grosse bagnole, grande gueule, gros point, grosse bourse, gros con nous dit de fermer nos petites gueules ! ça rigole pas ici. Les hamburgers se délectent avec tous les teas et les interminables bouteilles de Coca Cola, derrière ce pseudo Las Vegas, on the road, on a croisé KFC timide et inquiétant comme s’il gagnait déjà la savane qui descendait sur lui.
La route, encore la route, le paysage tend à se mouvoir, la flore d’abord ; une heure après, le temps que Julie négocie pour nous passer son dessin animé qui fustigeait Hollywood, la savane cède ses droits à une forêt plus contrôlée, des arbres, pas nettement costauds pour un Congolais, mais des arbres quand même, sauvages et touffus comme respire la verdure primaire, se succèdent les montagnes et les grottes argileuses, puis les granits et les caillasses qui bossellent la route. La poussière monte, obstrue la vue pour un temps moins négligeable, et quand la nuée se dissipe, des hectares de bananeraies chaussées de plastique bleu sur les régimes nous donnent cette triste image de la faim. Comme ça on se dit : “ça y’est ! Nous nous approchons de la frontière mozambicaine”.
Sitoy du centro cultural Franco-Moçambicane nous réquisitionne à bord de son fourgon français, et là les emmerdes commencent. Deux heures à la frontière pour se payer le visa de fouler le sol anciennement portugais, et qui pas plus tard qu’avant cette décennie payait si cher ses lettres de noblesse à Samora Moïses Machel le grand révolutionnaire en Afrique australe. Pour une fois j’ai le visa sans interrogatoire mais non sans le concours de l’ambassade de France au Mozambique. Après vous me parlerez de l’unité africaine et je vous dirai tout bonnement que vous avez du temps à perdre.
On est dans ce pays que j’aime bien. Une route, un nouveau paysage, des nouvelles gens, et surtout de la pauvreté sans commentaire. Quatre-vingts kilomètres après, Jean-Paul depuis la cabine se tourne vers moi et me fait : “ Dido, on est à Matola, ta ville fétiche.”
Ah Matola ! Comment dire ? Elle ressemble tellement à Mpissa des années antérieures là je suis né, au bord du fleuve Congo, dans Brazzaville sud, qu’à sa seule vue j’ai le blues.
Matola c’est cette belle ville sans apparats qui se terre à quinze kilomètres de Maputo.
“ Rio, Rio grande, le temps va s’arrêter, on passe la frontière, il faut m’oublier.”
Yes, je pense à la phrase d’Eddy Mitchel pendant qu’on dépasse le payage et bienvenue à Maputo. C’était le lundi 23 mars à 15h 46.

Dieudonné Niangouna, Maputo, lundi 23 mars 2009

21 mars 2009

IMMOLER DES SOUVENIRS

Filed under: Chroniques de Dieudonné Niangouna — La Comédie de Saint-Etienne @ 17 h 59 min

Dernier jour des répèts à Joburg dans le vacarme de Hillbrow, beau quartier, belle salle, le public s’invite tout seul. Les gamins d’abord, puis leurs aînés, et les gens qui se cherchent, et ceux qui se perdent, doucement on s’amuse à prendre goût à être là dans la mutualité des essences, et ça réchauffe les comédiens.
Jean-Paul tente de résumer notre passage à Johannesburg en un temps restreint, immobilisé dans un tableau, une sorte de diagonale, c’est aussi un concept. Une traversée scénique où se recoupent : poèmes, bouts de dialogues, paroles libres, pensées, jeu écourté à moins mille pour cent, dans un rythme irrégulier martelé d’un coup sur le plancher. Des rumeurs et des chansons restent habiter nos corps ; le cri et le gong résonnent en famille, entre le zulu, le français, le portugais, le créole guadeloupéen, et l’anglais.
La partition est intraductible, sinon en quelle langue ? La scène telle qu’on l’a éprouvée le long de cette opération n’a pas accordé le monopole à une expression linguistique quelconque. Des choses se croisent simplement, et maintenant, puisqu’il est question de maintenant, elles se tuent pour demeurer nous hanter, voire devenir le fantôme de notre dépravation, et on doit se le coltiner vers des horizons où nous irons immoler des souvenirs.
Demain, puis après demain, ce fantôme rentrera dans nos bagages en
cherchant la route de Maputo.

Dieudonné Niangouna, Johannesburg, Samedi 21 mars 2009

20 mars 2009

AI RIEN ECRIT

Filed under: Chroniques de Dieudonné Niangouna — La Comédie de Saint-Etienne @ 17 h 57 min

ai rien écrit

Dieudonné Niangouna, Johannesburg, vendredi 20 mars 2009

19 mars 2009

L’URGENCE EST LA CREATION DE NOS ACCIDENTS

Filed under: Chroniques de Dieudonné Niangouna — La Comédie de Saint-Etienne @ 17 h 43 min

On a déménagé pour Hillbrow.
Une ancienne maison de retraite allemande, une bâtisse luthérienne, au fond de la scène, toute l’histoire des comédies britanniques jouées pour les bourgeois. On nous signale que les noirs étaient interdits dans ces coins :
théâtre et quartier, sauf les bonnes qui étaient condamnées dans les enclos d’un septième ciel où elles ne pouvaient voir la ville, rien d’autre que les nuages afin de s’adonner à un dieu quelconque. Arrivent les années quatre-vingts et ses fils de la colère (comme les appelait Sony Labou Tansi) ont forcé les portes du quartier pour y élire domicile, nous raconte Gérard le directeur du Hillbrow Theater. Les blancs fustigés ont laissé la place aux noirs pour aller créer plus loin des micros villes résidentielles. Aujourd’hui le quartier est occupé par des communautés tierces : mozambicaines,  zimbabwéennes, angolaises, congolaises, ghanéennes, nigérianes, camerounaises, tanzaniennes, et tout et tout.
Dans une salle au sous-sol crépitent des tam-tams, poussent des chants en des langues diverses, qui crèvent le plafond. Et nous, on doit répéter dans cette virulente expression des vivants.
Quinze heures, on commence par « un love atelier », c’est un concept qui nous ai né. Le love le matin n’était pas possible, l’échéance s’était abrogée par un clonage. Enfin, un jeu de clonage.
Les dialogues sont prêts.
Dix dialogues que je me suis donné à écrire pour les dix-neuf comédiens, à défaut d’être vingt, y’a un impair, alors il faut doubler un acteur.
Dialogues parallèles, c’est un concept.
Entre midi et deux heures on a eu le temps de dépouiller le Market Theater, les artisans sont aux anges.
Maintenant on tente les dialogues. Que c’est loin la porte de sortie.
Je crois qu’on va abandonner l’idée. Il faut s’attendre à ce que chaque chose qu’on donne puisse être interrompue. L’esprit du dialogue nous emmène sur un temps qu’on n’aura jamais dans cette expédition. L’urgence est la création de nos accidents.

Dieudonné Niangouna, Johannesburg, Jeudi 19 mars 2009

18 mars 2009

A L’OUEST

Filed under: Chroniques de Dieudonné Niangouna — La Comédie de Saint-Etienne @ 17 h 41 min

Re-exercice de méchanceté. Je m’approche dans le joug, je tente d’écrire des dialogues, où le non sens de la parole révèle l’action. Des mots comme s’ils glissaient à l’ouest de la situation pour évoquer l’impuissance des personnages.

Dieudonné Niangouna, Johannesburg, mercredi 18 mars

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