On a retrouvé nos amis du Mozambique, Rogéiro, Rosa, Angela, Mauro et Viollleta qui nous attendaient avec impatience dans ce grand théâtre universitaire, modèle des années communistes et propagandistes du parti Etat.
Toute l’équipe est de nouveau au complet, sauf Baptiste qui a accouché à Sainté et Nicolas de Johannesburg qui n’a pas pu continuer l’aventure parce qu’il a des examens.
Les premiers speeches de Jean-Paul, le mot du directeur du théâtre qui se débrouille plutôt mieux en français, et on se met à l’aise pour attaquer la scène.
En principe on va utiliser tout le centre culturel Franco-Mozambicain dans toutes ses possibilités. Pour cela il nous faut inventer des nouvelles choses sur les apparences (costumes, masques, maquillages, expressions corporelles, jeu, danse…).
Puis on se rendra aussi dans les rues, les places publiques et chez Matchoumé (le musicien), dans la cour de sa parcelle. “Soyons réceptifs”, conclut Jean-Paul.
Essayer des choses deux par deux, couple fille et garçon. L’idée ne mord pas.
On abandonne.
“Qu’est-ce qui se passe si y’a un groupe de onze filles dans un endroit indéfini et qu’il y a un garçon qui arrive ?”
Et Jean-Paul continue : “Ce sont vos idées qui m’intéressent, pas les miennes.”
Puisqu’on a la chance d’avoir un endroit indéfini qui est la scène, alors on va pas se priver.”
Vamos agôra !
Ca commence. Fanny et Noont’s sont les premières à fouler la scène du théâtre universitaire, 14 h 38, 30° à l’ombre. Maïanne arrive en robe d’été, Lucrétia en body moulant et cycliste marron, Doudou anticipe la pêche, aussi souple qu’elle donne à étonner, Charlotte se frotte les mains, toute impatiente de commencer une invention continue, Julie les mains dans les poches, le regard franc et disponible, Tommy arbore son t-shirt rouge à l’effigie de Mohamed Ali, il sourit, il est bien dans sa peau, Rosa a la détente facile depuis notre arrivée, fallait la croiser à Maputo, dans son élément, pour tomber dans sa vive clémence, elle attaque la scène, son corps répond avant l’exercice.
Je m’impatiente de vivre ce qui sera. Léopoldine dite Adelscote en contre-sueur bleu ciel et kimono noir a la même fraîcheur, elle provoque la réaction, bousculant, avec parcimonie, ces nouveaux corps qui maintenant se lancent sur le tapis de bois sans chercher à savoir pourquoi ni comment. Maintenant Adelscote tape sur ses mains, le regard déplaçant le rythme du pied pris, puis la cadence géomètrise les mouvements qui naissent subitement. Toutes les filles enroulées dans les bras de Tommy, puis les pieds, se forme une pyramide, un nœud de chairs vigoureuses. Angela rayonne sur scène, un amour qui se discontinue dans le silence. Enfin, des chuchotements. Absence de pression.
C’est pas facile quand t’as plein de nanas dans un jeu, et t’es tout seul, et elles t’assaillent. Forcément ça raconte des inattendus que tu ne peux pourras jamais garder, des tendresses et des violences à la fois, pas simultanément ni séparées comme défilent les tableaux, mais une unité, une chose qui ne saurait être ni violente ni tendre. Dans cette poétique l’abstraction est déroutante. Ce qui marche en premier c’est l’absence de psychologie. On ne se contente pas, on ne développe pas non plus, et les choses n’y sont même pas. Ce sont des présences.
Un ajout prend la place de Tommy, Mauro. Ça ne dit déjà plus la même chose.
Le tranquille dépayse tout. Couinement d’une porte au lointain. J’aime ce silence. Il ressemble à une ville qui est partie chercher ailleurs, restent ces bâtiments désolés, attendant dans l’incertitude le retour de ses hommes qui malheureusement ne seront plus les mêmes. Lucrétia s’approche, Mauro bouge, Rosa lui tourne la tête, enfile son bras
autour de sa taille comme pour le couper, Maïanne lui caresse la jambe avec le bout de son orteil. Le mouvement inexpliqué, puis le réveil comme qui dit “pardon”.
Doudou fait le chien, nous arrive les ronflements sourds de Thiduso allongé côté public, le seul être qui peine à digérer le trajet d’hier.
Doudou fait le kangourou, Mauro est empoché sur son ventre. Fanny se couche autour de l’homme. All eyes on the man. J’aime l’intelligence de Noont’s, elle passe un bandeau sur les yeux de Mauro, elle lui étreint méticuleusement le bras comme une autopsie sentimentale et ça en fait le cadavre charmant qu’elle rêve depuis et elle le traîne, et nous lisons sur son visage l’amour perdu du croque-mort.
Si Maïanne le caresse, elle se transforme en poule.
On peut dire que c’est la façon de faire qui doit raconter et non l’histoire, parce qu’elle, l’histoire, ne doit pas bouger, ce n’est que la façon qui doit être. C’est intéressant d’avoir différentes façons de rentrer dans quelqu’un.
“See me now !”
“Les pieds des comédiennes sont comme des socles sur lesquels s’érigent des architectures humaines pour raconter la scène et le jeu des vivants.”
Etablir un rapport évident avec l’esprit corporel du partenaire, de sorte que le matériel vous soit approprié. Je reste sur cette magique phrase de Mohamed de Vénissieux : “Il faut rester symbolique”.
Beautifull People
A ku kina na swidjula
No bfuimala a minengue
Ya ku kina hayonne
No ti thlhatlhalatela yé hé, é, é!
No ti tlhatlhalatela yé hé, é, é!
Bonus (pendant la pause)
- Petit entraînement de kung fu ( Thabo contre Thiduso)
- Petit cours de danse hip hop par Florent. Participants : Fanny, Thabo et Thiduso. Observatrice : Isabelle Vellay dite Zaza la censure.
- Apprentissage de chant érotique mozambicain par Angela. Participant : Dieudonné Niangouna.
Dieudonné Niangouna, Maputo, 24 mars 2009