Kukuga mélancolique système dix vous invite à partager un voyage. Le voyage de dix jeunes acteurs de l’Ecole de La Comédie de Saint-Etienne engagés dans une aventure théâtrale de quatre mois sous la direction de Jean-Paul Delore qui les conduira de Vénissieux à Johannesburg (Afrique du Sud), de Paris-Villette à Maputo (Mozambique) avant de terminer ce fabuleux périple au Théâtre du Parc dans le cadre de La programmation de La Comédie de Saint-Etienne.
Le portrait sera le leitmotiv qui guidera ce chantier artistique au long cours. Ainsi, chacun des dix acteurs sera amené à se révéler dans la confrontation à l’altérité (l’enfant, l’étranger, le monstre et peut-être aussi quelques fantômes enfouis dans la mémoire).
Cet événement est surtout l’occasion de découvrir dix jeunes comédiens prometteurs à la veille de leur immersion dans la vie théâtrale professionnelle… Découvrez-les au fil des étapes que Kukuga vous propose et bonne visite sur ce blog…
28 mars 2009
Filed under: Webcam-paysage — La Comédie de Saint-Etienne @ 10 h 39 min
Depuis la fenêtre de notre chambre qui donne sur le plateau, je vois les filles tourner une séquence avec Dee, inspirée de l’exercice du 24 mars avec Mauro.
Puis petit tour au marché, où je découvre enfin ce qu’est le batik ! (dans notre spectacle de début de deuxième année, le personnage de Charlotte, s’éprenant du personnage de Fanny, épiloguait sur le désastre esthétique de ses « chemises en batik »).
L’après-midi, nous filons jusqu’au village de Machume, où nous allons donner une représentation le soir. Nous répétons sur un sol en terre battue. Patrick s’est procuré un énorme générateur pour nous fournir de la lumière. L’après-midi, tous les petits du village viennent nous regarder.
Après la représentation, la famille de Machume a organisé un énorme buffet. Derrière un muret, dans la cour où nous allons manger, 4 grosses femmes ont préparé des gros récipients de viande en sauce, de pop, de feuilles de noix de coco à la crème. J’imagine qu’elles y ont passé la journée. Nous sommes reçus comme des princes.
Au retour je découvre une des affiches de Mauro, qui apparaît pour Mcell sur les cartes prépayées, et ici sur toute la façade d’un immeuble. Je me demande ce que ce doit être de voir son visage partout affiché dans la ville où l’on vit. Je me dis qu’à sa place je me guetterais à chaque coin de rue, et je deviendrais fou. Lui a l’air de bien s’en ficher.
Rendez-vous à 5h ce matin.
Dee veut filmer Nom’s et Fanny dans la lumière de l’aube sur l’océan. Je me faufile dans la voiture (plus exactement le gros 4×4 Land Rover de Dee) et laisse tourner ma caméra une heure sur le bord de la baie.
Nom’s et Fanny vivent un moment très fort. Dee les filme à contre jour dans cette aube montante. Et moi, un peu plus loin, je suis très ému. J’ai toujours pensé qu’il y avait quelque chose de particulier à cette heure où la nuit se déchire et le soleil se lève.
Je suis insomniaque. Kind of. Depuis petit, je veille. Très tard. Et ça me brise le coeur, toujours, de le voir se lever, le soleil, et effacer tout de l’obscurité réconfortante de la nuit. D’entendre les oiseaux et les bruits de la ville reprendre leurs droits sur les lieux, et chasser le doux et mystérieux silence du noir.
Comme dans les boîtes de nuit, au petit matin, on rallume violemment les lumières, brisant l’atmosphère magique de la sombre piste de danse.
Je pense aussi au rare mort que j’aie connu, et qui s’est échappé justement à cette heure-ci, juste avant de revoir la lumière du jour. J’aurais aimé savoir ce qu’il pense de mon voyage.
Tout cela au milieu des coureurs, qui entament leur footing dès 5h.
Au retour, Dee nous emmène petit déjeuner gratos au breakfast libre service (dont nous décidons, qu’il est libre service) de l’hôtel Tivoli.
L’après-midi, au Théâtre Mapiko, je m’attarde sur la fresque, que je n’avais toujours pris le temps de filmer, fief de Rosa.
Maianne traduit son texte à Violetta et Lucrecia… sans faire usage du portugais. Et elles semblent se comprendre. (J’aime comment Maïanne traduit le mot « oublier »)
Dans la Casa Velha, Léopoldine, armée de son accordéon, apprend la chanson du « moi » aux acteurs mozambicains et sudafricains. Dans la cour, des ouvriers travaillent le bois.
Le soir, Dee s’empare de ma caméra, pour filmer ma robe. Au risque de vexer Catherine, je dois avouer que je ne pense pas être tombé sur la plus jolie.
A la nuit tombée, pendant que je regarde les arbres, Chico joue de la flûte traversière.
Après la répétition, Victor nous invite, Tommy, Julie, Léopoldine et moi, à manger des langoustes chez lui. Ici, pour moins de 30 euros, on peut compter 4 kilos de langoustes. J’apprends à les découper. Et nous les grillons dans le jardin.
Jean-Paul était fasciné par cette longue file d’attente dans la rue, autour d’un pâté de maison. Apparemment les gens attendent pour des billets de foot.
Le matin, on longe l’océan pour aller performer à l’université de Maputo. Chico se joint à l’équipe ; il chante magnifiquement et joue de la flûte traversière.
Nous revoilà à brandir les portraits des enfants de Venissieux et des vieux de la maison de retraite, nos visages, auxquels ce sont ajoutés ceux des acteurs africains.
Je supporte mal la chaleur. Ou alors c’est la malarone ; me voilà migraineux et je suspecte le traitement anti-paludique d’y êre pour quelque chose. Par ailleurs, les moustiquaires, ces sacs à viande, sont du meilleur effet mais pas forcément infaillibles. J’ai l’impression d’être un fromage sous sa cloche.
Sur le parking du campus, j’aime regarder Charlotte, au milieu de cette tempête et ce déploiement de portraits et de costumes que l’on sort en vitesse des coffres des voitures.
Au retour, dans la voiture, Violetta me rappelle de faire bien attention quand je filme, et ça m’agace (parce qu’elle a sans doute raison).
Nous répétons au Théâtre Mapiko de la Casa Velha. Une vieille maison du début du siècle, devenues un centre d’activités culturelles et sportives. C’est sur ce plateau que Rogerio a joué son premier spectacle ! Il me raconte la magie de la représentation, sur ce plateau en plein air, lorsqu’il fait nuit et que les gradins sont pleins.
Nous rencontrons aussi Machume, qui est un grand joueur de percussions. Et ……?
Quel plaisir d’être au milieu des arbres.
Catherine coud.
Et nous faisons les premières répétitions en costume : après les costards pour tous à Johannesburg, c’est la robe de soirée qui est de mise !
Je m’échappe un moment de la répétition, dans l’idée de m’acheter un peu de Maeuo (le YOP au maïs granuleux). J’embarque avec moi Léopoldine, dont les jambes se révèlent une nouvelle bonne cachette pour filmer. Accroupi à ses pieds, je filme les façades de la rue.
Nous chantons « Maputo » sur l’air de « Mexico », de Luis Mariano.
J’aime les trottoirs défoncés de la rue. D’après Violetta, c’est parce qu’on y fait des travaux, mais je ne vois aucun ouvrier. Derrière le supermarché, où il faut toujours justifier du ticket de caisse pour sortir, après avoir fait signer le vigile, nous découvrons des blocs de HLM délabrés et magnifiques.
Sur le mur il est écrit « merci de ne pas faire pipi ».
Le soir depuis la fenêtre de la cuisine, nous voyons le jongleur, qui se prépare à jongler toujours. Le spectacle se prépare. Pendant la représentation, le public réagit très très fort. Applaudit à chaque acrobatie. Comme j’ai peur de déranger la représentation, je fais la vaisselle en silence, dans le noir.
Improvisation. Les filles sont toutes réunies sur le plateau. Que se passe-t-il lorsqu’un homme pénètre dans leur espace ? Après Tommy, c’est au tour de Mauro.
Improvisation. Les filles sont toutes réunies sur le plateau. Que se passe-t-il lorsqu’un homme pénètre dans leur espace ? Tommy, le premier, tente l’expérience.
Je partage la chambre avec Julie et Léopoldine. Nous sortons les moustiquaires.
Il fait chaud et le matin, une dame vient faire des lessives dans notre cuisine, qui tient lieu de buanderie. A 8 heures je n’ai pas les mêmes conditions pour travailler et je suis fatigué et je n’ai pas aussi facilement accès à internet. Bref à partir de Maputo, je continue de filmer chaque jour mais je ne poste plus rien.
De notre fenêtre on voit le plateau, et le jongleur qui répète.
Et ce bâtiment bariolé qui m’obsède.
Le matin, je me ballade, SEUL !!!! Contrairement à Johannesburg. De jour, apparemment, il n’y a rien à craindre.
En revanche, difficile de filmer. Ici, il y a des sortes de sentinelles à chaque coin de rue (voire tous les 100 mètres) ; des policiers en uniforme assis à regarder la rue. D’après Catherine et Jean-Paul, qui ont essayé de tourner lors de précédents voyages à Maputo, outre les autorisations officielles qu’il faut payer à la ville pour chaque lieu filmé, il faut aligner un petit pourboire aux policiers du coin pour qu’ils vous autorisent à filmer. Je me cache, donc, dès que je veux faire un plan. Derrière un arbre, accroupi derrière une voiture. Je regarde à deux fois avant de sortir ma caméra. Je n’ai pas la même liberté, et je fais des plans plus courts. Mais tout cela s’avère une bonne contrainte. Je me retrouve par conséquent avec moins de rushs à monter chaque jour !
Je retourne à la Ferria Popular, pour la voir de jour.
Et surtout je vais voir l’océan. Ce pont où les gens n’en finissent pas de circuler.
Puis direction répèt, à côté de l’Institut National du Cinéma. Nous avons une salle de théâtre pour nous. Avec un grand plateau. D’après Jean-Paul, c’est le genre de salle que l’on a conçue pour des meetings politiques plus que pour du théâtre. Un long paquet de fauteuils devant une très haute estrade, et peu de profondeur de plateau.
Dans la rue, les bâtiments colorés. Et partout les vendeurs ambulants de Mcell (le réseau téléphonique mozambicain) ; une autre sorte de sentinelle. Ils sont là partout, en gilet jaune. Ici, pas de forfait téléphonique. Des recharges, que l’on achète dans la rue.
Sur le plateau, Doudou, en géante, souffle sur le « peuple de petite taille » pour le faire rouler.
A l’étage, une chorale répète, à laquelle Léopoldine se joint.
Un peu de voiture, toujours, puisque c’est la contrainte du jour. Mais de la voiture dans Maputo !
Le centre culturel français où nous sommes logés, et cet immeuble coloré, en face, qui me fascine déjà.
Le soir, nous nous retrouvons à la Feria Popular, une petite fête foraine où se concentrent quelques restaurants. Je découvre le crabe au curry pour moins de 200 meticashs ! (moins de 5 euros… un crabe, au restaurant ! ) Ce soir les manèges sont vides, car nous sommes lundi.
Bien sûr, on retrouve Madonna et ses « 4 minutes pour sauver le monde » au bout du Mozambique. Voyager me fait toujours prendre conscience des joies de la mondialisation. Quand je retrouve les mêmes publicités, les derniers tubes en date, les Kinder en Roumanie, ou Paris hilton qui fait parler d’elle aussi dans les tabloïds de Berlin.
Après le dîner, je m’agace à l’idée de ne pas pouvoir rentrer à pieds tout seul. Nous sommes à 10 minutes. Mais le centre culturel est tout contre le parc, qui est évidemment squatté la nuit.
Je dis à Johanna, la professeur qui nous accompagne « Mais je peux rentrer en courant ». Elle me répond très justement « Eux savent courir aussi ».
Johanna et Victor ont quitté le Portugal pour venir enseigner ici, et participer à la création d’un cursus professionnel de théâtre à l’université.
Il me tarde de retrouver une ville où je puisse marcher seul de nuit avec un téléphone portable dans ma poche sans qu’on me recommande bien de rester vigilant à chaque coin de rue.
A Johannesburg, le soir de la fin du festival, 6 artistes se sont fait dépouiller par une bande dans la rue.
Je découvre aussi ce que signifie avoir une couleur de peau différente de la majorité de la population d’un pays. Dans un pays étranger, en Europe, si je ne parle pas, on ne me soupçonne pas si facilement de ne pas être du coin. Ici je ne peux pas le cacher, c’est inscrit sur mon visage. Comme dit Johanna, « They can guess, you’re not from here ».
Attention c’est de la voiture.
Du paysage en voulez vous en voilà ; mais après tout nous avons bien passé toute la journée dans cette voiture ! A faire la jonction entre Johannesburg et Maputo (j’aurai dû intégrer une de ces cartes animées où une petite ligne de pointillés rouges figure la distance parcourue !). Un burger délicieux sur l’autoroute. Un passage à la frontière que je n’ai évidemment pas pu filmer. Des files d’attente à n’en plus finir, et la chaleur, de plus en plus tenace.
Ce voyage marque également la mort de mon disque dur externe, qui ne résistera pas à la chaleur. Dit disque, où étaient stockées les 3 premières semaines de vidéo. Perdues. Fondues. Je me dis que j’ai bien fait de les archiver par ici. Je ne bronche même pas quand je réalise ce qui arrive ; étonnament je souris. Je viens juste de passer quelques nuits blanches à tout mettre en ligne… Je me dis que je pourrai toujours récupérer les films depuis l’internet, de bien moins bonne qualité, certes, mais après tout, j’aime l’idée que les aléas du voyage, altérant parfois mon travail, soient visibles au final.
Et ce ciel africain sans nuages…
Si bien qu’à l’écran, sans nuages, on n’est même plus bien sur que ce soit un ciel.
Nous commençons à prendre le traitement anti-paludique.
Mon jour préféré à Johannesburg aura bel et bien été le dimanche.
Après un matin quelque peu mouvementé à Soweto, Léopoldine me rejoint pour une dernière excursion dans les rues de Johannseburg.
Quelques vues depuis la fenêtre de ma chambre 4 étoiles.
Et ce silence du dimanche et du quartier des affaires où nous logeons.
La place aux pigeons.
Je dirais même la place des pigeons tant elle semble leur appartenir.
Sur la fresque de Tommy il y a un nouveau personnage !
Puis au Market Theater, l’échoppe de Patricia. Je pense que c’est elle qui est peinte sur le mur de sa boutique.
Patricia vient du Kenia. Elle ne connaît pas son âge, mais table sur quelque chose après 85 ans.
Elle a vécu en Italie et en France, où elle a appris ces chansons pour un bébé qui était malade. Grâce à elle, au beau milieu de Johannseburg tout au bout de l’Afrique, maintenant je connais les derniers couplets de « Ma petite est comme l’eau ». Ou alors juste sa version.
Patricia a l’air convaincue que l’on se reverra un jour. Elle m’a appris les noms des animaux dans sa langue, mais je ne m’en souviens plus.
Plus tard, on entend la prière depuis la mosquée toute proche. Nous sommes à proximité de ce qui fut un grand quartier indien, et que l’on a réduit pendant l’apartheid. On aurait obligé tous les commerçants à se concentrer dans un seul centre commercial, mais je ne connais pas bien cette histoire.
Nous cherchons Melville, et ce policier n’a aucune idée d’où il nous envoie.
Et le Johnny Walker, qui est toujours là.
Nous finissons par prendre le Nelson Mandela bridge… et ne tardons pas à découvrir un immense cimetière dans lequel, oubliant l’heure, nous nous laissons enfermer.
Le soir, nous découvrons le quartier indien et ses marchés nocturnes, mais je n’ose pas filmer. Au retour, perdus, nous découvrons la mosquée, et nous rentrons par les « usines » où l’on avait observé les taggs.