Apresentaçâo pùblica aos residentes da àrea.
Chez Matchumi.
Un quartier populaire en Afrique comme je les aime. Des gamins dans la poussière, de l’activité non stop, de l’énergie dans les rues, des postes téléviseurs devant des petites boutiques où s’attroupent des familles et voisins pour suivre un match de foot ou une série brésilienne de télé novelas. Des petits maquis avec de la musique à vous secouer les tympans.
Neuf 4 X 4 pour escorter tout l’équipage. Dans la violence de cette zone, à cinq kilomètres de Matola, la civilisation a honte d’y foutre les pieds. Des têtes sortent de leurs enclos pour zyeuter l’étonnant. Il n’est pas de coutume que les grosses pompes viennent s’égosiller dans ces coins. Nous ne le sommes pas, mais à qui le dire avec nos bagnoles qui tuent, nos anti-soleil, nos petits camescopes et nos appareils photo numériques, avec nos tronches intellos et nos airs de tout comprendre, nos looks d’artistes voyageurs et prétentieux ? Et je ne parle pas de l’irruption de la peau blanche dans ce décor.
Il est clair qu’on va jamer chez Matchumi, l’ami musicien est assez connu dans le secteur pour organiser ce genre de rencontre. Mais toujours est-il…
Nous devenons de suite une nouvelle attraction dans le paysage. Les gamins sont les plus curieux, mais celle, des curiosités, que j’aime ; ils s’approchent, saluent, sourient, demandent à savoir naïvement mais non sans intelligence qu’est-ce qu’on joue comme type de musique, et là Tommy répond “el théâtro !”, et les gamins se cassent de rire. Rapidement les jeunes vous proposent un bar, un kiosque à cigarettes, toutes les cigarettes, ils vous proposent des promenades guidées dans le quartier, le petit tourisme misérabiliste, ils vous proposent l’histoire et les infos. Les mamans dans leur mélancolie chronique appuyée par le joug quotidien vous saluent tendrement, la petite crainte dans le regard, parce que quand les riches débarquaient en grand nombre dans ces périmètres avec toutes les intentions du monde on ne s’étonnait pas de savoir à la fin qui devenait la victime. Et on ne comprend pourquoi, une petite culpabilité gêne notre approche. Si être pauvre est une maladie, je pense que ne pas l’être, même sans être riche, est un état qui vous apprend la différence, la plus violente, avec les personnes démunies.
L’homme est un extraterrestre pour l’homme. Et ce n’est pas une question de noirs et de blancs. C’est juste : avoir ou ne pas avoir, et ce qui t’emmène à être ou à ne pas être.
Les adolescents, puisque c’est l’âge le plus violent dans la rencontre des mondes, palissent de regard, comme s’ils voulaient devenir nous sans photocopie, c’est à dire en étant eux-mêmes mais comme nous, avec ce que nous avons comme atouts. Ah ! Le regard de l’autre ! S’ils savaient réellement ce que nous sommes. Mais bien sûr qu’ils savent par exemple que nous avons pris des avions, que nous sommes logé à l’hôtel, et qu’on se promène en bagnole. Alors ils ne se trompent pas pour autant. Même si ce n’est pas à nos frais, bien évidement c’est ça l’atout.
Le monde s’entoure, comme appelé autour de cette aire de jeu, cour de parcelle familiale, ordinaire avec manguier et cuisine de fortune en taules rouillées, quelques pilons, et les jouets de gamins fabriqués par eux mêmes, que nous avons définis comme scène, lieu commun d’expression.
Vingt minutes après il fait noir de monde, mamans et papas s’invitent, gens curieux, sédentaires et particules importantes de la sociologie du terroir sont là, les gamins à leur pieds, un boucan d’enfer, comme si le rock ne m’avait été conté avant.
Patrick Pulchavy dresse la rampe lumineuse au sol pendant que tombe la nuit, et les premières notes du tchimbila (balafon mozambicain) frappées par le virtuose invétéré du groupe, Tchimbila Muzimba, appellent les enfant à s’exécuter dans une parfaite liberté du corps au coeur de la scène.
Défilent des chorégraphies étonnantes. Mélange de virtuosité et de dextérité déroutante, majesté de la fureur et poétique pure de l’être dans un déhanché endiablé. Il shoote de l’esprit. Les dieux sont là ce soir, ils incendient les timides et confondent les arrogants, ils extasient les frustrés et les bon vivants. Après la musique, le théâtre.
Dieudonné Niangouna, Maputo, samedi 28 mars 2009